
Pourquoi certaines personnes savent qu’une relation les fait souffrir mais n’arrivent pas à partir ? Pourquoi une rupture peut-elle provoquer une sensation de manque presque insupportable ? Et pourquoi, lorsque l’on renonce à une relation, à l’alcool, au cannabis ou à une autre conduite répétitive, peut-on être tenté de rechercher ailleurs le même soulagement ?
Pour comprendre la dépendance affective ou dépendance amoureuse, il est utile de ne pas regarder uniquement la relation de couple. Il faut s’intéresser à la fonction que la dépendance remplit.
Très souvent, derrière le comportement visible se trouve une tentative de réguler quelque chose à l’intérieur de soi : une émotion douloureuse, un sentiment de vide, la solitude, l’anxiété, une mauvaise estime de soi ou encore un besoin intense de validation.
Qu’est-ce qu’une dépendance ?
Une dépendance ne se définit pas simplement par le fait d’aimer quelque chose ou d’en avoir souvent envie.
Dans les addictions reconnues cliniquement, on retrouve notamment une difficulté à contrôler le comportement ou la consommation et sa poursuite malgré des conséquences négatives. Dans le langage psychothérapeutique, la notion de dépendance affective décrit plutôt une relation dans laquelle l’équilibre émotionnel, la valeur personnelle ou le sentiment de sécurité deviennent excessivement dépendants de la présence et de la validation de l’autre.
La personne ne recherche alors plus seulement la relation pour le plaisir d’aimer.
Elle peut en avoir besoin pour se rassurer, se sentir suffisamment aimable, calmer son anxiété ou ne pas ressentir le vide et la solitude.
C’est une distinction essentielle :
« J’ai envie d’être avec toi » n’est pas la même expérience que « J’ai besoin que tu sois là pour me sentir en sécurité ou avoir de la valeur ».
La dépendance comme stratégie de régulation émotionnelle
Imaginez une personne qui ressent une forte tension intérieure.
Elle peut boire un verre pour se détendre. Une autre va fumer. Une autre encore va consommer du cannabis, manger, jouer, travailler excessivement ou rechercher compulsivement des stimulations.
Dans la dépendance affective, l’objet de l’apaisement peut devenir… l’autre.
Un message reçu rassure.
Une preuve d’amour apaise.
Une réponse rapide fait diminuer l’anxiété.
Une réconciliation soulage brutalement la peur de l’abandon.
Mais lorsque le partenaire s’éloigne, répond moins rapidement ou demande davantage d’espace, l’anxiété revient.
La personne peut alors vérifier son téléphone, multiplier les messages, rechercher des preuves d’amour, ruminer, surveiller la relation ou accepter des situations qu’elle aurait normalement refusées.
Le mécanisme devient progressivement :
détresse → recherche de l’autre → soulagement → retour de l’insécurité → nouveau besoin de réassurance.
Cette logique fait écho à ce que la recherche observe dans les addictions : les difficultés de régulation émotionnelle sont particulièrement fréquentes dans les troubles liés à l’usage de substances.
Pourquoi peut-on passer d’une dépendance à une autre ?
C’est ici qu’un point important apparaît.
Arrêter un comportement ne signifie pas nécessairement que le besoin auquel il répondait a disparu.
Si une personne utilisait principalement l’alcool pour anesthésier son anxiété, le cannabis pour ne plus penser, la cigarette pour réguler ses tensions ou une relation amoureuse pour calmer sa peur de l’abandon, supprimer uniquement le comportement peut laisser intacte la difficulté initiale.
Elle peut alors être tentée de rechercher une autre source d’apaisement.
Il ne s’agit pas d’une règle automatique : une dépendance arrêtée n’est pas forcément remplacée par une autre. Mais lorsqu’on ne travaille pas sur la fonction du comportement, une autre stratégie de compensation peut parfois prendre davantage de place.
La question thérapeutique devient donc moins :
« Comment supprimer cette dépendance ? »
et davantage :
« Qu’est-ce que cette dépendance m’aide à ne pas ressentir ? »
Dépendance affective, alcool, tabac, cannabis : un même besoin derrière des comportements différents ?
Pas nécessairement. Chaque problématique possède ses particularités, et les dépendances à des substances comportent notamment des mécanismes biologiques et des risques médicaux spécifiques.
Mais certaines fonctions peuvent se rejoindre.
L’alcool peut rechercher l’apaisement.
Le cannabis peut permettre momentanément de se couper d’une émotion.
Le tabac peut être associé à la régulation de la tension.
La relation amoureuse peut apporter validation et sécurité.
Dans plusieurs cas, le comportement devient une solution à court terme à une souffrance qui revient à long terme.
C’est pourquoi il est intéressant, en psychothérapie, de ne pas uniquement demander « Qu’est-ce que vous faites ? », mais aussi :
« Dans quel état émotionnel êtes-vous juste avant de le faire ? Et qu’est-ce que cela vous apporte juste après ? »
Le rôle des blessures d’abandon et des troubles de l’attachement
La dépendance affective peut également être comprise à travers la théorie de l’attachement.
Une personne présentant un attachement anxieux peut être particulièrement sensible aux signes réels ou supposés de distance : un message sans réponse, un changement de ton, une soirée passée séparément ou une moindre disponibilité du partenaire peuvent être interprétés comme les prémices d’un rejet.
La recherche scientifique retrouve par ailleurs une association entre insécurité de l’attachement et troubles liés à l’usage de substances. Certains modèles envisagent alors la consommation comme une tentative de « régulation » ou d’auto-apaisement lorsque les stratégies relationnelles de sécurité sont fragiles. Cela ne signifie évidemment pas qu’un trouble de l’attachement entraîne automatiquement une addiction.
Dans la dépendance amoureuse, la blessure d’abandon peut ainsi transformer la distance en menace :
« S’il s’éloigne, je vais être abandonné. »
« S’il ne me répond pas, c’est que je ne compte plus. »
« Sans cette personne, je ne suis plus rien. »
La relation devient alors le principal régulateur de la sécurité émotionnelle.
La thérapie des schémas : comprendre ce qui se cache derrière la dépendance
La thérapie des schémas permet d’aller chercher les croyances profondes qui peuvent alimenter ces mécanismes.
On peut notamment retrouver des schémas d’abandon/instabilité, de manque affectif, d’imperfection ou de honte, de dépendance/incompétence ou encore de recherche d’approbation.
Par exemple, une croyance profonde telle que :
« Je ne suis pas suffisamment intéressant pour être aimé »
peut favoriser une recherche permanente de validation.
Une autre :
« Les personnes auxquelles je m’attache finissent toujours par partir »
peut favoriser l’hypervigilance, la jalousie et la réassurance permanente.
La personne ne cherche alors pas seulement l’amour. Elle cherche à empêcher l’activation d’une ancienne blessure.
Comment les TCC peuvent-elles aider ?
Les TCC – thérapies cognitivo-comportementales permettent notamment d’identifier le cercle qui entretient le problème :
déclencheur → émotion → pensée → comportement → soulagement immédiat → conséquence à long terme.
Prenons un exemple.
Votre partenaire ne répond pas depuis deux heures.
Pensée : « Il se désintéresse de moi. »
Émotion : anxiété intense.
Comportement : envoyer plusieurs messages, vérifier sa connexion, demander de la réassurance.
Conséquence immédiate : si le partenaire répond, l’anxiété diminue.
Conséquence à long terme : le cerveau apprend qu’il faut obtenir une réponse extérieure pour retrouver sa sécurité.
Le travail thérapeutique consiste progressivement à développer d’autres moyens de régulation émotionnelle, à tolérer davantage l’incertitude, à modifier certaines interprétations et à retrouver une sécurité qui ne dépend pas exclusivement du partenaire.
Sortir de la dépendance affective ne signifie pas devenir indépendant de tout le monde
C’est probablement l’un des malentendus les plus importants.
L’objectif d’une psychothérapie n’est pas d’apprendre à ne plus avoir besoin des autres.
Nous sommes des êtres relationnels. Avoir besoin d’affection, de soutien, de proximité et de sécurité est normal.
L’enjeu consiste davantage à passer d’une relation vécue comme une nécessité absolue à une relation dans laquelle il devient possible de rester soi-même tout en étant attaché à l’autre.
Catherine Dupont résume justement son approche autour de cette idée : parvenir à avoir envie de l’autre plutôt que vivre exclusivement dans le besoin de l’autre.
Dépendance affective et psychothérapie à Valenciennes
Dans mon accompagnement en psychothérapie à Valenciennes, le travail autour de la dépendance affective peut donc associer plusieurs dimensions : les TCC, la thérapie des schémas, la régulation émotionnelle et le travail autour des blessures d’abandon, des troubles de l’attachement et de l’attachement anxieux.
L’objectif n’est pas simplement de faire disparaître un comportement. Il est de comprendre ce que ce comportement tentait de réparer, d’éviter ou d’apaiser.
Car derrière différentes formes de dépendance peut parfois se cacher la même question :
« Comment puis-je apprendre à traverser le vide, l’anxiété, la solitude ou le sentiment de ne pas être assez, sans avoir systématiquement besoin de quelque chose — ou de quelqu’un — pour les faire disparaître ? »
C’est souvent à cet endroit que commence un travail thérapeutique plus profond : développer de nouvelles stratégies pour réguler ses émotions, renforcer son estime de soi, construire une sécurité intérieure et pouvoir vivre la relation amoureuse comme un lien choisi plutôt que comme la seule condition pour se sentir bien.
